Suite au report de sa tournée européenne, annulation du concert de Klô Pelgag du vendredi 28 janvier

HAIM ISAACS : «ENTRE JONI MITCHELL ET MOI, C'EST CHIMIQUE»

De passage à l'espace Jean Vilar, le chanteur né il y a 64 ans à New York, prépare un spectacle consacré à celle qui a inspiré toute sa trajectoire musicale depuis son adolescence en Israël.


Transformé en lieu de résidence artistique depuis sa fermeture au public en novembre dernier, l'espace municipal Jean Vilar peut ainsi proposer aux artistes l'usage d'une scène et d'un bel espace de création, en complément provisoire d'une mission accomplie depuis des années par Anis Gras-le Lieu de l'Autre. L'artiste que nous vous proposons de découvrir aujourd'hui est d'ailleurs bien connu à Anis Gras suite à plusieurs partenariats ces dernières années, avec le projet Nazzazzan.

«Il y a un certain accueil ici, c'est magnifique», s'enthousiasme Haim Isaacs, entamant un croissant de bon matin ce mardi, chaussé de sandales et la barbe grisonnante, arborant un grand sourire pareillement accueillant. La conversation s'engage au chant de son léger accent américain, dilué par les 35 dernières années passées à Paris, «ma terre natale», dit-il.

Plus exactement, Haim est né en 1957 à New-York. Mais ses parents, lassés d'une vie monotone dans un quartier de banlieue cossue, décident quelques années plus tard de partir à l'aventure avec un groupe de 30 familles pour s'installer dans un kibboutz israélien. Cet arrachement à une «vie trop matérialiste» pour «entrer dans le monde», Haim le voit aujourd'hui comme un «cadeau». Débarqué à Jérusalem à 13 ans, le jeune Haim mettra un certain temps à s'adapter à cette nouvelle vie. Mais c'est là-bas, comme de nombreux jeunes de sa génération, qu'il découvrira un beau jour la musique d'une certaine Joni Mitchell. Et cette rencontre, avec son premier disque, «écouté en boucle du matin au soir», va sceller à vie une relation symbolique et imaginaire ininterrompue avec l’icône folk canadienne des années 60-70, mondialement connue mais peu écoutée à l'époque en France.

Projet de spectacle maintes fois repoussé, «Joni Mitchell à Jérusalem» est enfin une réalité pour Haim Isaacs.

1976. Joni Mitchell est là, derrière l’épaule gauche de H. Elle le suit à travers les rues de Jérusalem, de Jéricho, de Bethlehem, à travers le désert du Sinaï. Dans ses errances, H la chante comme des songlines aborigènes.
2020. Joni Mitchell guette toujours H, derrière chaque arbre, derrière chaque note de musique. H la chante sur scène, raconte ce spectre. Enfant des prairies canadienne, Joni Mitchell compose, écrit, chante, joue de la guitare et du piano. Elle est productrice de ses disques. Folk, pop, jazz, Joni Mitchell interroge les formes, les refaçonne.
Mais pourquoi relier Joni Mitchell à Jérusalem ? «Joni Mitchell est sans cesse hissée comme étendard du mouvement hippie Californien», explique Haim Isaacs dans le document de présentation du projet. «Un cliché réducteur dont je souhaite l’extraire, pour la faire voyager au cœur du Moyen Orient, dans le monde de ce jeune H qui arpente les collines et les déserts, imprimant ses chants sur le paysage rugueux».

C'est ainsi un spectacle qui entremêle le récit d'une adolescence, la naissance d'une vocation d'artiste, une figure tutélaire et inspirante, ainsi que des chansons réinterprétées.

La musique accompagne nos vies, ses étapes émotionnelles.

Après une formation musicale classique, et un retour aux Etats-Unis, Haim Isaacs a découvert la France grâce à son expérience avec le Roy Hart Theatre qui l'a profondément influencé. Le Roy Hart Theatre a été créé en 1974 dans les Cévennes et a été endeuillé un an après par la perte de son membre fondateur. Ce groupe de chercheurs vocaux a malgré tout continué l'aventure : voix, mouvement, imagination et une autre vision de ce que peut être la vie et l’expérience théâtrale. Avec la conviction qu'il existe un lien profond entre la voix d’une personne et son psychisme.

Haim Isaacs a vécu quatre ans avec le Roy Hart avant d'atterrir à Paris où il continue aujourd'hui de composer, chanter, improviser, écrire et enseigner la voix.

Matthieu Beaudin, Jules Lefrançois et Haim Isaacs
Sur son site très complet vous pourrez découvrir les multiples projets de cet artiste «multi-tâches», comme il se définit lui-même et tel qu'il décrit ses acolytes du projet Joni Mitchell: Jules Lefrançois et Matthieu Beaudin, eux aussi touche-à-tout du spectacle vivant. Chant, improvisations, danse, théâtre, clown, jonglage, accrobaties... Un joyeux mélange d'équilibristes.

Le spectacle «Joni Mitchell à Jérusalem» devait se jouer l'automne dernier mais le confinement des lieux culturels en a décidé autrement. Cette période a été néanmoins bien vécue par Haim Isaacs qui y a trouvé comme certains artistes une occasion pour créer sereinement avec un temps dilaté.

Nous vous invitons, en attendant la reprise, a découvrir le travail de Haim Isaacs et (re)découvrir le répertoire de Joni Mitchell, aujourd'hui âgée de 77 ans.

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«Joni Mitchell à Jérusalem»

Résidence de création 

Espace municipal Jean Vilar

Haim Isaacs - voix, piano, shruti box

 Jules Lefrançois - percussions, tuba, hang, kalimba, voix.

Matthieu Beaudin - accordéon électronique, didjeridoo, vaisselle, baby piano, kalimba, voix.

 

Découvrez le site de Haim Isaacs 

Ecoutez ci-dessous "Big yellow taxi" par Joni Mitchell en 1969


 


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